July 09, 2014

"À la tombée de l’ennui…"


À la tombée de l’ennui, à l’heure où le corps perclus repose une fois encore sous le linceul crépusculaire de l’éveil agonisant, quand la main devient inutile, sevrée de crayon et de clavier – s’en vient à l’esprit désarmé une verve évanescente.

Grouillant écheveau de vers libres, nus sans les atours de la rime, décochés en l’air entre quatre murs et s’écrasant par terre, faute d’avoir rencontré la résistance de leur cible, en martelant au sol le rythme lourd du cœur-tambour cognant dans la poitrine.

Au séisme du soir échu, battent les tempes à coups de marteau qui enfoncent la tête dans l’oreiller brûlant, en quête de leur propre écho sur les ténèbres en vigilance au fond des faux-plis de l’insomnie.

Le tracé fantôme fébrile colonise la latence des rétines aveugles, renvoie la pensée à sa genèse haptique, noue son corps filaire en transe suspendue au tempo muet des airs imaginés, puis à celui lancinant du vide submergeant la fosse crânienne comme tarit la mélopée intime.

Le non-écrit des pures sensations s’évapore au creux de l’estomac nocturne : ce déversoir immense des gargouillis de l’âme, où les mots thaumaturgiques s’abîment avec frénésie, aussitôt happés, chiqués, postillonnés, partis en fumée blanche épaissir l’encre de la mémoire vespérale, hautement volatile, toujours vierge au petit matin.