September 26, 2012

"Bijection…"

Sans l’un nul espoir
D’avoir son pendant
Quand l’autre est absent
L’un dit au revoir

Duo en miroir
Dans le même plan
L’un l’autre écrivant
Leur unique histoire

Comment vit le noir
Sans son jumeau blanc
Connaître le blanc
Comment sans le noir

September 25, 2012

"Hémopoétique…"

Panser pensée l’hémorragie,
Sous le buvard, des mots l’algie !

Insistant t’insinuer en ces corps exigus,
Tu te cognes aux pleins bossus,
T’écorches aux déliés rugueux : peau
À vif, chair tuméfiée mise en lambeaux
Aux hampes acérées, en rouge
Perte tu t’abîmes entre les jambages.

Penser panser des mots l’algie,
Sous le buvard, l’hémorragie !

September 20, 2012

"Volage…"

Ta réserve de frais gâtée,
Tu racoles au bal des fichus,
Espérant qu’en ton sein déchu
Luise encore une voie lactée.

T’escorte à ces limbes où tu plonges,
Où bientôt il fera si sombre
Et t’étioleras en décombres
Au teint cireux de vieille éponge.

Un temps hanteront mes pensées
Tes soupirs, là pris en la gangue
Qui les serre au bout de ma langue ;

Puis, ton souvenir s’effilant,
J’irai, mine de rien, presser
La jeune saison s’installant !

September 19, 2012

"Filon pas à pas…"

Tandis que je m’enfonce plus avant dans une forêt luxuriante, en quête de métal précieux, d’étranges végétaux enroulent plus serrés leurs pleins et déliés, le milieu se fait moins accueillant, plus inconnu, plus oppressant ; l’obscurité plus profonde, le silence plus creux. À chaque pas, le danger de perdre pied, de me perdre tout à fait. Ma progression est si laborieuse et si lente qu’avec mon baluchon sur le dos, tout luisant d’humidité, je ressemble à un escargot bizarre lancé imprudemment dans un périple qui le dépasse : à son échelle, infini. Et malgré ce que j’endure, malgré les vicissitudes de mon errance, poussé sans doute par quelque obscure nécessité, je m’entête à suivre tant bien que mal un sentier non tracé. Et chaque fois que je suis près de renoncer, que ma réserve d’espoir et de courage est sur le point de s’épuiser, comme un fait exprès, surgit une nouvelle pépite, offerte étincelante, de la boue noire où s’abîment mes pas ; qu’il me suffit de ramasser. Et chaque fois, comme un fait exprès, l’étincelle de ce calcul rare illumine assez de perspective pour m’attirer encore vers ce dernier horizon – m’entraînant toujours plus loin au cœur des ténèbres !

September 15, 2012

"Sèche à la ligne…"

Ancre les images d’un rêve
Scintillant sur le drap nocturne,
Déroulant le jeu taciturne
D’acteurs muets, en scènes brèves

À la lueur d’une bougie
Tremblante ; apprivoise le souffle
Qui sur écran la vie insuffle
À leurs silhouettes rougies ;

Comme ces longues heures lisses
D’un ennui poli par le temps,
À la pente condamnées glissent.

Encre au rythme obsédant des tempes
Les mots tombant à chaque instant
Au front – plus tous ceux qui décampent !

September 12, 2012

"Fleurs de lice…"

Par nuit des piérides
Perchant l’essaim haletant,
L’arbre refleurit !

September 10, 2012

"Double je…"

Médaille bicéphale :
Pile efface et face épile,
En duo, dos à dos.

Clignotent recto verso,
Noir puis blanc, tour à tour :
Avers buvant du jour,
Revers ivre de nuit.

Disjoints mais réunis
Versants de vie et d’hécatombe :
Côté souffle, côté tombe.

Chaque jour la pièce est lancée !
Alors, aujourd’hui, quel côté ?

September 06, 2012

"Page d’écueil…"

Froisse ma main ta lisse robe,
Des plis goûtant le galbe ;
Entre mes doigts te lasse,
Qui cornent, roulent, plissent,
Crispent ta soie nacrée,
Si débordant de mes secrets,
Que trop souvent je devance
L’aube de ta séance,
Rêvant coucher mes insomnies,
Mon ennui, mes utopies,
Au générique de ton clip.

Et quand parfois te défripe
De mon souffle brûlant,
Bord après l’autre, à peine osant,
Croyant en l’occasion
De te confier mes illusions,
– Plus blanche encore t’opiniâtres
Que mes nuits, vaines à te soumettre !

September 02, 2012

"L’ennui porte conseil…"

Quand l’engrenage routine
Grince sa roue monotone
À tours de jours et de nuits,
Ivre à traits de caféine
Je torréfie mes neurones
Dans le gosier de l’ennui,
Jusqu’à la fermentation
De la matière à penser
Fumante comme un terreau.
– Volutes d’inspiration
Montent alors vers danser
Quelque obscur ballet de mots.