January 30, 2012

"Cristal liquide..."


Les photographies que j’aime sont des images plutôt banales, des points de vue très ordinaires, représentant des choses que tout le monde connaît et côtoie au quotidien. Des choses a priori sans intérêt, disséminées dans les lieux communs de nos existences. Mais qui m’attirent justement parce que personne ou presque n’y prête attention : des choses occultées par l’angle mort des habitudes.

En fait, ces photographies ressemblent beaucoup aux mots que j’aime. Des mots simples, faciles, de tous les jours. Presque des bases de la langue courante utilisée par tous et partout. Des mots forcément un peu usés et patinés, mais confortables comme ces vieux habits que l’on rechigne à quitter pour les mettre au placard.

Car le mystère, j’en suis convaincu, ne réside pas dans l’extraordinaire, dans l’exceptionnel qui, aussitôt apparu, aussitôt consommé, aussitôt disparu, ne laisse aucune empreinte durable, aucune question en suspend. Le mystère au contraire est indissociable du temps, il ne peut s’établir que dans la durée. Dès lors, quoi de plus mystérieux que l’ordinaire, en permanence sous nos yeux, partout rémanent dans les décors monotones de nos instants récurrents ? Quoi de plus énigmatique que l’horizon de cette suite infinie de presque riens inlassablement mis bout à bout ; que ce puzzle interminable et patiemment assemblé, une pièce à la fois, jour après jour ? Ce puzzle tout entier résumé, autrement dit révélé, en sa dernière pièce : celle que personne ne voit jamais !

January 26, 2012

Muse lierre...


Quand l’âme s’effrite frottant
Contre la peau rêche du temps
Neige la mémoire érodée
En limaille peroxydée

Crû hors l’humus coagulé
Par les suintements d’eau salée
Un lierre sinistre se lie
Au mur de la mélancolie

January 25, 2012

January 24, 2012

Litanie florale : un peu, beaucoup, ...

Refuser allégeance au la du diapason
Accordé sur l’acier des barreaux de ta cage,
Sciés obstinément par un ressac d’images
Déjà vues. Tracer avec tes mots l’horizon

D’une terre inconnue. Agripper la crinière
Grelottante des froides lunes hivernales.
Nuages chevaucher, vers lointaines escales.
Fermer yeux ; regarder vent ;entendre lumière.

Jouer, chat solitaire, au blanchiment des nuits,
À la table du spleen et du rongeur ennui.
T’éveiller oiseau ivre et sans peur t’envoler.

Errer, vaisseau fantôme hissant toute sa voile,
Sans boussole abîmant sa proue par les étoiles.
Avoir confiance enfin. – Fleurs diront où aller !


January 23, 2012

Sismographe...


Ne bouge dit voit
Capte les rêves en Terre
Antenne caduque

January 22, 2012

Tâtonnements...


De l’obscurité aveuglante
Palpent le ventre entreprenantes
Mains fébriles dont la caresse
Flue s’insinue avec adresse
Sonde l’insolente échancrure
Par la lune ouverte en pâture
Nuit convulse déchire voile
Nue Souffle brûlant d’une étoile

January 19, 2012

Recette unique et non reproductible d’une éphémère cinquième saison


Évitons un mets froid
S’interdire le blanc s’interdire le gris
Dans un plat transparent
Disposez d’abord quelques beaux souvenirs
Ensuite à chaudes larmes arrosez d’été
Puis au tour de l’automne
Mettez-en presque autant
Avant de mélanger avec délicatesse
En tournant dans le sens de la vie
Ajoutez une pensée de printemps
Nous y sommes
Ouvrez une fenêtre côté rêve
C’est très important
Posez sur le rebord la préparation en lumière
Laissez-la s’endormir les couleurs vont lever
Au bout d’un moment l’envie vous prendra de sortir
Cela signifie que c’est prêt
Dressez alors dans un coin de jardin secret
Accroupi en marchant peu importe
Dégustez enfin
Appréciez sans modération
Surtout prenez votre temps
Croyez-moi vous y reviendrez